La tête et le coeur
- Oscar Wilde
Comme vous l'aurez constaté, ce blog ne bouge plus. Et pour cause, c'est une carte postale que je réserve pour mes grands voyage, et même si je suis à Paris, ce n'est pas vraiment une destination lointaine où je vis de folles et exotiques aventures.
Je reprendrai donc sans doute ce blog quand je repartirai naviguer sur les sept mers, mais, en attendant, vous pouvez me retrouver sur mon blog "soi-disant plutôt professionnel", que j'ai nommé "Plumes bleues".
The Japanese Best of Jackie Chan track 2 - Mariannu (Marianne) - spéciale dédicace à ma maman !
Les assidus auront constaté que ce blog n'a pas été très actif au cours des deux dernières semaines. Ce n'est pas une erreur, mais vacances à Paris obligent - quasiment sans connexion Internet - je n'ai pas pu le mettre à jour. Chose désormais rectifiée, mais ma production sera fort ralentie au cours des deux prochains mois : je dois terminer la seconde - et ultime - version de mon mémoire tout en effectuant mes derniers - pour de vrai, les tous derniers, enfin - jours de Service Civil au service de cette patrie qui m'intéresse toujours aussi peu.
Mais j'ai plein de choses à vous raconter alors je vais essayer de ne pas trop espacer mes publications désormais !
Comme il m'arrive parfois de lire des livres sérieux (j'entends déjà certains dire "chiants", mais
ils n'ont qu'à moitié tort), c'est quand même assez rare pour que ça vaille la peine que j'en parle.
Je viens donc de terminer ce petit essai (200 pages), L'Imaginaire national, de Benedict Anderson et traduit de l'anglais.
Dans le climat national-populiste rampant qui tend un peu à régner dans ces périodes d'élections diverses, ce livre nous rappelle que les nations, les peuples et leurs territoires sont des notions inventées (imaginaires, plus précisément), apparues avec la diffusion des livres (dans de "nouvelles langues" d'alors devenues aujourd'hui nationales), sur les ruines des états monarchiques, et par / au-dessus des grands empires coloniaux : l'auteur nous rappelle que les frontières actuelles de la plupart des Etats du monde sont celles qu'à généralement fixées une puissance extérieure ou politiquement dominante.
L'ouvrage est un essai universitaire et il ne se laissera pas lire par tout le monde - du moins pas facilement - mais il apportera quelques éclaircissements aux convaincus comme à ceux qui s'adonnent encore avec ferveur aux différentes mythologies nationales (qui sont pourtant apparues entre le 19ème s. et la fin de la deuxième guerre mondiale !).
Je ne peux que conseiller ce livre à ceux qui cherchent à comprendre le lien mystérieux qui lie un Etat et sa langue, ou encore comment deux ethnies totalement différentes peuvent cohabiter et se considérer comme des frères pour faire la guerre avec les mêmes ethnies, mais dans un autre pays, sous prétexte de frontières imaginées et diffusées dans l'inconscient collectif des peuples via l'éducation moderne...
Quelques citations :
"En 1891 (...) l'Etat suisse "décida" de faire remonter la "fondation" de la Suisse à 1291. Cette décision, prise avec six cents ans de retard, a des aspects divertissants et suggère déjà que c'est la modernité, plutôt que l'ancienneté, qui caractérise le nationalisme suisse. "
"Les grandes guerres de ce siècle, on l'a vu, ne sont pas tant extraordinaires par l'ampleur sans précédent de leurs victimes que par les multitudes de citoyens qui se laissèrent persuader de donner leur vie. (...) Mourir pour son pays, que d'ordinaire on ne choisit pas, suppose une grandeur morale à laquelle ne sauraient prétendre (...) des organisations que l'on peut rejoindre ou quitter à sa guise. (...) Si les gens s'imaginaient simplement le prolétariat comme un groupe lancé dans une quête frénétique de réfrigérateurs, de vacances ou de pouvoir, comment seraient-ils prêts (...) à mourir pour lui ?"
"Les manuels d'histoire anglaise offrent un spectacle divertissant : celui d'un grand Père fondateur que chaque écolier apprend à appeler Guillaume le Conquérant. On ne prend pas la peine de lui préciser que le Guillaume en question ne parlait pas anglais, qu'au demeurant il n'aurait pas pu le faire puisque la langue anglaise n'existait pas encore ; on ne lui indique pas non plus "de quoi" il fut "conquérant". Car la seule réponse moderne intelligible serait "conquérant des Anglais", ce qui transformerait le vieux prédateur normand en précurseur plus heureux de Napoléon et de Hitler."
Référence : ANDERSON Benedict, L'Imaginaire national, La Découverte, Paris, 1996.
A la lecture de cet article et sa vidéo, j'ai appris que samedi dernier, le 8, à Rodilhan dans le Gard, s'était tenu
une petite tempête dans un verre d'eau - une micro-guerre civile, si l'on veut - entre quelques idéalistes anti-corrida et la troupe rassemblée des afficionados.
Cela me laisse un peu perplexe. En tant que végétarien, sensible à la nécessité d'abandonner l'exploitation animale pour passer au stade suivant de civilisation, je suis tout même un peu emprunté devant ce spectacle : les afficionados se comportent certes de façon plus limite que les militants, mais on le savait déjà, que c'étaient des cons, et je ne trouve pas très malin d'avoir voulu aller le vérifier sur place. (Et encore, pour avoir déjà vu de vrais déchaînements de violence, on en est bien loin...).
Ce qui me gêne le plus, c'est le côté populiste de l'action : quelques dizaines de taureaux de combats sont tués chaque années dans les arènes. C'est certes nul et inhumain, mais le nombre d'animaux qui se fait tuer chaque année pour notre nourriture, chaque année, c'est un nombre à 11 chiffres (!), pas loin de dix fois la population humaine... Et faire autant de bruit pour s'opposer à une tradition moribonde - mais alors vraiment moribonde - alors que l'industrie organisée du massacre animalier (tradition qui, elle, n'est pas en baisse) continue à sévir, c'est un peu fort de tabac.
Et puis surtout, c'est fasciste. Et je ne supporte pas quand les gens sont tellement pavés de bonnes intentions qu'ils sombrent dans cette routine fascisante-là : "J'aime pas ce que tu fais alors tu arrêtes !"... (1)
Mais c'est la vie, il y a des cons partout, et aussi chez ces militants, et tenter de pourrir la vie à quelques vieux débiles et à une poignée de tapettes en paillettes et en pantalons serrés, je trouve que c'est à la fois se tromper de débat et faire oublier le vrai problème : une industrie qui finit tous les jours dans les assiettes du commun des mortels. Et peut-être même de ces gens-là !
Enfin, au moins, j'espère quand même qu'ils sont végétariens (ils feront au moins un truc bien comme ça).
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(1) J'entends déjà certains me dire "Ben alors voilà, faut pas interdire la viande, les gens font ce qu'ils veulent". Parfaitement, mais en fonction de ce que cela coûte de dignité, d'humanité et de ressources. Il faut sensibiliser les gens aux massacres, puis prendre des mesures pour rendre l'accès à la viande coûteux et difficile - simplement en adaptant le prix à la superficie utilisée pour élever des animaux (qui est titanesque)... et, avec ce système, la consommation, sur le long terme deviendrait de moins en moins intéressante jusqu'à disaparaître - un pru comme la cigarette somme toute.
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