"Furusato", un "waka"

Publié le par Rémora

Salut à tous!

 Cette fois, je me suis mis en tête de vous faire part d'un joli poème en japonais classique, un "waka", ce qui signifie simplement poème japonais.

Il m'a rappellé le pays et je le trouve d'une beauté remarquable. Je livre ici la version dans la pure langue d’origine, avec les furiganas pour les amateurs. Ensuite la transcription et, ce qui intéressera la plus grande majorité des gens, je suppose, une traduction (tout-à-fait) personnelle, légèrement adaptée pour faire passer un sentiment "Boudrysan".

Pour les japonaisants débutants, accrochez-vous, c'est du japonais classique.

 

(うさぎ)()ひしかの(やま)

小鮒(こぶな)()りしかの(かは)

(ゆめ)(いま)もめぐりて

(わす)れがたき故郷(ふるさと)

 

いかにいます、父母(ちちはは)

つつがなしや、(とも)がき

(あめ)(かぜ)につけても

(おも)ひがたき故郷(ふるさと)

 

(こころざし)をはたして

いつの()にか(かえ)らむ

(やま)(あお)故郷(ふるさと)

(みず)(きよ)故郷(ふるさと)


usagi o'ishi kano yama
kobuna tsurushi kana kawa
yume wa ima mo megurite
wasuregataki furusato

ika ni imasu, chichi-haha
tsutsuganashi ya, tomogaki
ame ni kaze ni tsukete mo
omo'i izuru furusato

kokorozashi o hatashite
itsu no hi ni kaeran
yama wa aoki furusato
mizu wa kiyoki furusato

Une peinture de paysage seisui, à la japonaise

 

Cette montagne où je poursuivais le lièvre,

Cette rivière où je pêchais la truite[1]

Resurgissent à présent dans mes rêves,

Comme il est dur d’oublier le pays[2].

 

Y êtes vous, mes chers parents ?

Allez-vous bien, mes amis d’enfance ?

Qu’il y pleuve ou qu’il y vente,

C’est le pays de toutes mes pensées.

 

Lorsque j’aurai atteint mes buts,

J’y reviendrai sans doute un jour,

Dans ce pays aux vertes montagnes,

Dans ce pays aux eaux si claires.

 



[1] « carassin » dans la langue d’origine.

[2] « furusato », c’est le « village natal », un mot aux accents bucoliques et nostalgiques. En français de suisse, je pense que « le pays » est le mot le plus proche au niveau du sens.

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L
Très beau poème en effet, le sentiment de nostalgie est particulièrement bien retranscri dans ta traduction. En réponse à ce waka je t'envoie celui de l'un de mes poètes favoris, Tao Yuang Ming:<br /> <br /> "La capitale était ma résidence; Après six ans je suis rentré chez moi. C'est aujourd'hui jour de reconnaissance; Je souffre tant, douleur et désarroi ! Point n'ont changé les chemins de culture; Des toits du bourg il en manque certains... Je fais un tour complet de ma masure; Il reste peu de mes anciens voisins... Et pas à pas je recherche mes traces; Pour certains lieux j'ai vraiment de l'amour ! En nos cent ans d'illusions fugaces, froid et chaleur alternent chaque jour ! La fin des grands changements me soucie; Car ma vigueur n'est pas à son déclin. Laissons cela ! que ce penser s'oublie ! Pour le moment vidons un bol de vin !" (Tao Yuan Ming, (365-427), Oeuvres complètes traduites du chinois par Paul Jacob)
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